• Tout s'est déclanché rapidement, juste dans le fracas du livre, fermé brutalement, et laissé en travers de mon lit.

    Tout était brouillé, regard creux. Je m'étais levée tard, mes gestes formulaient dans un automatisme effrayant tous les rien que je m'étais promise de terminer aujourd'hui même. Et j'agissais, en conséquence, m'éxécutant mollement.

    Mon esprit n'était occupé que par son visage, le haïssant et le désirant, simultanément, prête à tout lui pardonner, l'enserrer puis le frapper, aussi fort qu'il m'ait tué, quelques jours auparavant.

    Les lignes défilaient sous mes yeux mais je n'en saisissais pas le sens, les mots étaient vides et je tournais les pages, tout comme j'aurais pu les brûler. Ma tête avait tourné vers la fenêtre d'où je distinguais juste les résidus d'un chantier qui, probablement, ne serait jamais terminé. Je me suis levée, ai fait mon sac dans la précipitation, scellé mon livre puis fermé la porte.

    Dans le bus qui m'emportait vers Madrid, j'étais lasse, la nausée persistante. Je regardais le paysage fantôme qui s'étendait de toute part, somnolante.

    Mes cigarettes étaient d'un pâle secours alors, qu'attendant devant la porte de son immeuble, ses voisins m'observaient, intrigués. Assise, je me persuadais d'avoir été idiote de débarquer ainsi, sans prévenir. Tout en tranchant que c'était la seule chose censée dont j'avais été capable depuis bien longtemps.

    Je l'ai alors vu arriver, de loin, le puzzle s'est reconstruit et alors j'ai su.

    Pourquoi j'étais prête à lui laisser une seconde chance alors que je le haïssais – haïrai- toujours d'avoir eu un geste pareil envers moi, pourquoi j'étais monté dans ce bus, sur un coup de tête enfantin et irréfléchi, pourquoi j'étais. Ailleurs.

    La chaleur était étouffante alors que nous nous dévisagions, que chacun tentait de percevoir ce que l'autre souhaitait exprimer. Que chacun formulait un imperceptible « Pourquoi ? ».

    Nous ne parlions pas alors que nous montions les escaliers, alors qu'il fermait la porte, alors que nos lèvres se rapprochaient, alors qu'il quittait à la hâte mes vêtements, alors que nous nous empoignions, plus fort.

    Le bourdonnement de la pluie sur le balcon était enivrant.

    Alors que l'orage inévitable exploserait. D'un instant à l'autre.


    4 commentaires
  • Il était tard, la nuit était encore opaque, le jour peinait à se lever mais nous savions pertinement, tous deux, que la soleil serait à son zénith dans quelques heures.

    Tout comme la première nuit.

    Les cris fusaient tandis que nous marchions, côte à côté, distanciés. L'alcool avait fait son oeuvre, tout se brouillait, j'étais bien, physiquement, l'esprit hurlait. Tu n'aurais jamais dû avoir ce geste, me soumettre, ainsi, au milieu de ces autres, inconnus, flous. Jamais tu n'aurais dû, et jamais plus tu ne poseras ta main sur moi, de cette façon primaire. Stupide. Les verres avaient été outranciers et je valdinguais entre les pavés, suivant le trottoir qui me rapellait où était le point de chute. J'aurais pu, dû pleurer, mais la violence des mots contrebalançait mes larmes. J'aurais voulu le frapper, concretiser la douleur me donnant la nausée, ou bien était-ce l'alcool, jeter, tout, en une même masse hideuse. Je clamais qu'il n'avait aucun droit sur moi, remettant tout en cause, je fermais les yeux, oubliant le sens de mes pas, visualisant la scène, ravalant les pleurs, le regardant, et mon coeur se soulevait tandis que je fumais une autre cigarette que nous ne partagerions pas. Il tentait de se justifier, en vain, j'observais le visage d'un autre, et le fleuve des mots était lasse. Alors que je m'écartais, il m'attrapait le bras afin de me raccrocher à lui, ses mains me brûlaient, les mêmes qui faisaient vaciller mon corps, ailleurs, auparavant. Nos chemins se séparaient, lui annonçant que je ne l'accueillerai chez moi, peu m'importait l'endroit où il dormirait, qu'il trouve un corps de substitution et un lit afin de demeurer cette nuit, rien n'était important. Mes talons avaient tournés alors que j'avançais, droite, dans la nuit étouffante et je savais qu'il me regarderait m'éloigner, et mes piètres lectures m'avaient apprise à ne jamais me retourner, quoi qu'il advienne.

    Je marchais, sans penser, j'étais vide, cherchant furieusement une autre cigarette. Et alors que je m' évertuais à allumer ma dernière salvation, mon briquet restait impassible, sentant les larmes monter, m'écorchant les doigts, ravalant mes sanglots, j'éclatais, en silence, dans les rues désertes de Salamanque.


    votre commentaire
  • Ses mains foudroyaient mon visage baigné par les larmes, virevoltant au ralenti, je sentais mes cheveux s'échapper, la brûlure était exquise et je pouvais m'entendre lui souffler, tout en lui déchirant le cou, de me blesser, plus fort. La peau claquait, son mat, et il s'exécutait car, au fond, lui aussi trouvait une satisfaction grandiose à ce jeu dangereux. Et c'est le seul qui ait pu comprendre, réellement, la teneur de mes désirs, le seul qui n'ait pris peur devant mes explications déjà esquissées, des années auparavant, l'unique avec lequel je n'ai eu honte. Le seul qui ait intégré le fait que jouissance rimait avec violence, en acte, et qui ne s'obstine à caresser ma peau précautionneusement, à m'embrasser avec délicatesse. La férocité de ses gestes décuplait la volupté, ses doigts s'emmêlaient sèchement à mes cheveux et ma tête se balançait en arrière, cambrée. Son regard restait impénétrable et je ne sais ce qui régnait derrière ses yeux bruns. Il me fustigeait, toujours, la peau se tendait sous les coups, creant des sillons boursoufflés sous ses dents, maintenant mes mains, de sorte que je ne sois qu'abandonnée à lui-même, matière à délectation, dont il pouvait jouir avec ardeur. Et dans un ultime accord aigü, sa main s'écrasait sauvagement sur ma figure alors que ses lèvres prononçaient en un souffle que je lui appartenais, l'esprit tourbillonnait, et à cet instant, perdant tout contrôle, je n'aurais pu prononcer mon simple nom. Les corps étaient allongés, l'un à côté de l'autre, et seuls nos doigts se touchaient au moment de lui adresser la cigarette que nous partagions. Son autre main suivait une ligne invisible sur ma peau avant de m'enserrer, brusquement, et nous nous possédions l'un l'autre tandis que je me consumais pour lui, et qu'il formulait, sincèrement, qu'il brûlait pour moi.


    votre commentaire
  • Nos bras enseraient nos deux corps, multiples et moites, jusqu'à étouffement, la douleur, acide et douce, alors que sa bouche avalait mes bras, mes jambes, l'Esprit, entièrement.

    Et Madrid était belle dans l'obscurité lumineuse de la nuit. Les pieds parcouraient les rues piétionnes et je goutais à la plénitude avec Elle, absurdité d'avoir rencontré un esprit similaire, miroir, ici-même. Les lieux interchangeables se dessinaient et les corps se faisaient voluptueux, Cheap & Cheerful, les bras se tendaient vers deux deux, sur scène, aura sensuelle indescriptible, bouffées de chaleur au creux du ventre, sous l'emprise de l'alcool.

    Je décelais alors, fondue dans des draps qui n'étaient pas les miens, la tête enfouie derrière les cheveux couleur d'automne, Lui m'observant, d'en haut, son sourire me donnant envie de lui arracher les lèvres, je percevais l'horloge invisible qui hurlait, à l'arrière du crâne, à l'infini. Nous nous serions plus fort afin de pallier le joug imperceptible du Temps et je touchais au sublime, implorant l'arrêt immédiat des minutes s'écoulant, hâtives. Pleurant l'impossibilité d'un acte divin.

    Nous nous projetions et cela brulait intérieurement, et voir son corps ainsi livré, je ressentais le besoin inaltérable de le mordre et de le frapper jusqu'à sang, tout en lui hurlant qu'il ne pourrait jamais s'arracher à moi-même. Malgré tout.


    votre commentaire
  • J'avais froid, là-bas. Les cheveux en bataille, flottant devant le visage tourné vers l'horizon, où la terre se détachait à peine. Son corps n'était pas loin, délié du mien, mais sa présence était enivrante alors que les ouvertures se barricadaient, filtrées par l'air salin. Le claquement des vagues était diffus alors que je souriais en écoutant ses promesses. Nous étions ici, tout était possible disait-il. Tout pouvait être possible. Je tirais sur ma clope, soufflant la fumée vers l'azur, observant au loin un point inaccessible auquel j'aurais pu me raccrocher. J'accostais mes bras à son torse, acquiescant, tandis que je voulais, moi aussi, hurler de longs serments révélateurs de ce qui rongeait mes tripes, accrochées aux siennes.

    Les rochers disparaissaient dans la pénombre, se coulant vers la mer, ne formant qu'une masse sombre et grotesque et je laissais défiler intérieurement tout ce qui avait pu me porter jusqu'ici, chez lui, au sud de la Sardaigne, laissant ses doigts effleurer mon cou. L'enchevêtrement de lieux, de dates, de cendres étalées à même le sol et de cris étouffés par ses mains collés à ma bouche se perdaient, dansant devant le regard inexpressif, tentant un vain collage significatif. Tout se voulait différent à présent, ma présence même, mon désir d'être montée dans cet avion afin de me retrouver ici, à contempler le phare qui illuminait faiblement les vagues, balancées. Et lui, intrinsèque. Sans paroles, muette, toujours, tout ceci indiquait ce que je portais, intérieurement, mordant la raison. Les pas nous menaient au-delà des vagues, et nous marchions alors, laissant les preuves de notre passage s'effacer.

    Jusqu'alors.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique